De l’établissement des francs à l’Abbaye Saint Vaast

Comme évoqué dans notre sujet sur Nemetacum et les invasions germaniques qui détruisirent la ville d’Arras au début du Vème Siècle, les francs, chrétiens avec Clovis, prirent position dans ce qui allait devenir Arras. Particulièrement reconnus comme des bâtisseurs mais aussi des évangélisateurs, ces francs conquirent notamment tout le territoire ente la Somme et l’Escaut, nous dit le moine bénédictin Jonas de Bobbio au VIème Siècle. Mais qu’en est-il de l’évêché naissant sur Arras ? Qui était Saint Vaast ?

Les fédérés francs soumis aux Romains se rebellent et évangélisent

Alors que les francs sous le commandement de Clodion le Chevelu avaient négocié avec le général romain Aetius, qui dut faire face également à Attila plus tard en 451, la fédération franque cherche au Vème Siècle a écarter de plus en plus la Rome affaiblie. Clodion s’empare ainsi de Tournai et de Cambrai dans les années 440. En 448, Aetius inflige une défaite aux francs et force un nouveau traité de fédérés pour permettre au nouvel empereur Majorien (Flavius Iulius Valerius Maiorianus Augustus) à lutter à la fois contre Attila et les Wisigoths.

Unifiant le royaume franc et faisant de la capitale de ce territoire Paris, Clovis, baptisé par Remi à Reims, proposa l’évangélisation de la population. C’est ainsi que Saint Vaast fut dépêché à Arras pour créer le premier évêché de la ville. Même si l’on dispose de très peu d’informations sur cette époque, les archives ayant disparu, il existe plusieurs légendes sur Saint Vaast.

Saint Vaast venant à Arras : La légende

Selon la Légende Dorée, un ouvrage écrit en latin entre 1261 et 1266 Jacques de Voragine, le dominicain et archevêque de Gênes, Vaast (que l’on dit en latin Vedastus, Vedastes), après avoir enseigné la religion au roi franc  Clovis, alla à Arras où il trouva la ville et surtout l’église dans l’abandon. Alors qu’il était en train de nettoyer l’intérieur du bâtiment, des habitants de la ville lui demandèrent de l’aide puisqu’un un ours s’en prenait aux gens et au bétail. Selon cette même légende il ordonna au nom de Dieu à l’animal de quitter les lieux. L’ours lui obéit et il n’importuna plus jamais les habitants de la ville. Cette légende fut rendue célèbre par ne tapisserie d’Arras tissée bien plus tard au XVème Siècle.

On prête également à Saint Vaast d’avoir guéri un aveugle et un boiteux à l’entrée d’Arras ou encore d’avoir brisé d’un signe de croix les vases de bières à l’entrée d’un palais où il devait dîner avec Clothaire 1er.

Clovis aurait rencontré Vaast à Toul lors de sa victoire contre les Alamans et Vaast aurait joué un rôle dans la conversion de Clovis 1er et son baptême par Remi. Plus tard, en allant sur les bords de la Scarpe, Vaast n’aurait rencontré que des païens et une ville ne ruine. Quant à la réalité des faits historiques, seuls les écrits cités précédemment nous donnent quelques informations sur la manière dont il évangélisa les arrageois et arrageoises.

Saint Vaast mourut le 6 février 540 et fut enterré dans la seule église restaurée par ses soins ; Cette dernière se trouve dans l’ancien castrum (un lieu fortifié) sur la place actuelle de la Préfecture d’Arras. Le siège épiscopal, quant à lui, aurait été transféré d’Arras à Cambrai entre 584 et 590 par Saint Géry (Il existe une petite rue Saint Géry à Arras située à côté du Casino.

Construction et développement de l’Abbaye Saint Vaast

Si elle a en son sein le musée des Beaux-Arts actuels et la médiathèque, l’Abbaye Saint Vaast dispose aussi d’une architecture remarquable.

Ce fut tout d’abord un monastère bénédictin fondé en 667 sur la colline de La Madeline à Arras. Selon certaines sources, c’est là même que Saint Vaast avait pour habitude de se retirer. Le petit-fils de Dagobert, le roi Thierry III, aurait particulièrement enrichit l’abbaye aux alentours de 678 sur la demande de Saint Vindicien, évèque de Cambrai et d’Arras afin d’expier le pêché du meurtre de Saint Léger, le neveu de l’évêque de Poitiers Dido et partisan de l’autonomie du royaume de Bourgogne. Il est à noter que Thierry III se fit enterrer vers 690 avec sa femme Dora dans le monastère de Saint Vaast.

Le rayonnement de l’abbaye royale devient important à l’époque de Charlemagne. L’abbé Radon est ainsi nommé par ce dernier en récompense de efforts comme chancelier du roi. Cet abbatiat de 795 à 808 ,plus d’un siècle après la construction de l’abbaye, est reconnu comme très prestigieux. Radon entreprit la reconstruction du monastère des suites de l’incendie en 783. On sait que l’abbaye dispose d’une Trinité en 800, c’est-à-dire trois églises mais aussi quatorze autels, une crypte. La bible de Radon écrite et décorée fait partie des trésors de l’époque et marque le rayonnement spirituel du lieu. cette bible est visible à la bibliothèque nationale de Vienne.

Près d’un demi-siècle après la mort de Radon, Lothaire obtient l’abbaye lors du partage de 843 mais c’est son fils, Lothaire II, qui cède le lieu à Charles le Chauve. On sait grâce aux documents que l’abbaye compte 130 moines et possède de nombreuses terres en Artois, en Picardie, en Hollande, la ville de Limbourg en Belgique, Hesbaye, etc.  devenu palais royal, Charles le Chauve passa Noël en 873 tout comme le roi Eudes en 888. L’abbaye devient dès lors un très grand centre culturel et cultuel rayonnant du Moyen-Âge et le point central de la ville d’Arras.

Beaucoup plus tard, l’abbaye Saint-Vaast fonda l’un des trois premiers collèges de Douai en 1619, mais c’est une toute autre histoire.