Arras de la Terreur au XIXème Siècle (1870)

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Après un XVIIIème Siècle marqué à la fois par une urbanisation renouvelée et par la Révolution Française qui s’en suivit, le siècle se finissant par le Consulat et l’établissement du préfet à Arras permet d’envisager une accalmie pour la ville. Toutefois, la période de Terreur évoquée dans l’un des précédents articles de notre blog, consacre à jamais l’idée que Robespierre et les siens avaient produit un choc sur la population arrageoise. Lebon condamné à mort à Amiens en 1795, des exécutions sur la place publique et une population carcérale élevée font place à un besoin de retour au calme.

De la fin de la Terreur à Napoléon

Téophile Berlier, envoyé en mission à Dunkerque et plus généralement dans le Nord Pas-de-Calais, a pour mission de réparer les sévices subis par la population ; Il libère des prisonniers en fustigeant les jacobins mais continue parallèlement de suspecter les aristocrates de complots. Cependant, il persiste toujours une crise des prix sur l’alimentaire et le 31 janvier 1795, une émeute a lieu sur le marché aux grains d’Arras en raison du fait d’une tentative de limiter les boulangeries municipales pour favoriser l’émergence de boulangeries privées. Il faut attendre la bonne récolte de 1796 et la protection des agriculteurs sur le marché pour voir la situation économique s’améliorer.

A noter : La cathédrale est vendue en 1798 du fait de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1795. Elle sera désossée pierre par pierre. Seul l’hôtel épiscopal est conservé.

inerieur nouvelle cathedrale

L’intérieur de la nouvelle cathédrale construite à partir de 1804

Adhérant au Consulat du 18 brumaire (9 novembre 1799) deux jours plus tard, Arras reste comme beaucoup d’autres villes dans une période trouble et le premier préfet est attendu pour ramener de l’ordre. Il s’agit de Charles-Claude Poitevin-Maissemy à partir du 27 mars 1800. Son objectif est de garantir la sécurité des personnes et des propriétés et s’installe à l’ancien évêché (actuelle préfecture).

A l’époque, le conseil général a un pouvoir encore limité ; Il est composé de 24 membres nommés pour cinq ans. En 1803, Poitevin-Maissemy est disgracié par Bonaparte en raison de ses difficultés relationnelles avec le diocèse d’Arras (et Monseigneur de La Tour d’Auvergne). On sait que Bonaparte essayait surtout de réconcilier les catholiques à sa cause à cette époque et c’est d’ailleurs pour cela qu’il fut à l’origine de la création de la nouvelle cathédrale d’Arras encore observable aujourd’hui (décret de Napoléon le 11 septembre 1804 avec un achèvement en 1833) sur les vestiges de l’ancienne abbatiale.

Napoléon Bonaparte à Arras

Bonaparte est venu à Arras avec son épouse Joséphine le 29 juin 1803. Porte d’Amiens, un arc de Triomphe a été monté et on fit une statue du premier consule devant l’hôtel de ville. Il revient en 1804 en passant par la porte Baudimont ; Il passera en revue les grenadiers de Jean-Andoche Junot (exilé ensuite en 1805 comme ambassadeur du Portugal) à Dainville le 30 août.

De la chute de l’Empire à la défaite de 1871

A la chute de Napoléon et à la proclamation du nouveau souverain Louis XVIII, Arras et le préfet font rapidement allégeance le 5 avril 1814 au Roi. La paix du 23 avril 1814 est l’occasion pour le préfet de faire une fête à Arras avec le duc de Berry.  Le retour de l’île d’Elbe de Napoléon aura pour conséquence de le faire révoquer le 17 mai 1815 et remplacé par André Dumont (député de la Somme à la Convention nationale puis fut un haut fonctionnaire du Premier Empire). En 1815, Arras comporte moins de 19000 habitants. La population a baissé depuis les débuts de l’ère révolutionnaire. Cependant, le 18ème Siècle permet d’entrevoir, notamment avec la restauration et Napoléon III, un regain de dynamisme sociétal, en particulier pour la bourgeoisie arrageoise.

Le libéralisme politique jusqu’à Napoléon III

Ancien comte d’Artois, Charles X est acclamé par la population arrageoise en 1827. Il vint en effet à Arras les 16 et 17 septembre de cette année là. Cependant, les ultras royalistes voient à Arras émerger des contestations et Frédéric Degeorges est un ici un journaliste opposant resté célèbre pour la ville (voir la rue Frédéric Degeorges, ancienne rue où se situaient la CUA). Degeorges créa un journal arrageois à succès intitulé « Au soleil de Juillet ». Il propose l’accalmie des tensions liées aux changements de régime mais se tourne progressivement vers l’opposition républicaine.

En 1847-48, la population arrageoise avoisine les 30000 habitants. Cependant, la ville est alors touchée durement par la crise alors même que la dentelle avait notamment permis, l’espace d’une première moitié de siècle, à enrichir en grande partie la population. Le fil de lin remplace le fil de coton dans les années 30 et provoque un basculement du secteur vers d’autres villes de la région. La vapeur de l’ère industrielle sera soutenue par Louis Crespel-Dellisse :

staue Louis Crespel-Dellisse

Statue de Louis Crespel-Dellisse

(Voir le boulevard Crespel à Arras). Ce dernier inventa les machines dédiées à l’industrie sucrière très présente dans la région. Halette devient ensuite le vrai spécialiste de la machine à vapeur et diversifie sa destination (sucreries mais aussi moulins à huile ou encore moteurs pour la marine nationale, locomotives, etc.).

Sur le plan politico-éditorial, le journal « Le Progrès » remplace « Le propageur » et Degeorges subit de nombreux procès jusqu’en 1848. Au programme du journal : La défense des libertés, la laïcité, la tolérance religieuse ou encore l’instruction des filles et garçons. Le 29 février 1848, Frédéric Degeorges devient commissaire général du gouvernement provisoire.
Lors de la Constituante de 1848, il est élu député. La préfecture du Pas-de-Calais est donnée à Édouard Degouve Denuncques (un stade porte son nom encore aujourd’hui et est le siège du Club de football RCA). Cependant, avec le coup d’État du 2 décembre 1851, Degeorges est battu aux législatives de 1852 et meurt en 1856.

Napoléon III à Arras

Le régime bonapartiste est très présent dans tout le département, y compris à Arras. « Napoléon le petit » comme se prêtait à le nommer Victor Hugo, vient dans la ville en septembre 1853 (deux jours) et en août 1867. Lors de cette seconde visite, la Grand’Place a vu édifier en son centre une pyramide de grains. Aujourd’hui encore, il est possible de voir ici et là dans Arras des éléments présentant le bonapartisme ; C’est le cas notamment du N encadré dans les statues de la Loi et de la Justice visibles au Palais de Justice.

Jusqu’à la fin du Second Empire, c’est bien l’agroalimentaire qui a le vent en poupe à Arras. L’entreprise Crespel existe toujours à cette époque (elle eut jusqu’à 9 exploitations dans le département du Pas-de-Calais). Les autres secteurs industriels ne se maintinrent pas et on voit en Arras une petite préfecture au nord de Paris. Capitale administrative avec le développement du tertiaire, la ville est aussi une ville de grosse garnison de soldats, on peut voir encore le casernement de ces derniers à la Citadelle et quartier Schramm.

quartier schramm

Quartier Schramm des garnisons aujourd’hui réaménagé en logements

Le maire Hippolyte Plichon (de 1847 à 1870) urbanise la ville et édifie en particulier ce qui sera longtemps connu comme les abattoirs (Aujourd’hui, on parle de l’espace vert Les jardins du Val de Scarpe). Le marché au grain fonctionne comme jamais. Toutefois, Sedan laisse place à la fin de l’époque et la IIIème République est observée différemment par les arrageoises et arrageois.

X.D.