Émile Legrelle : comment le maire ouvrit-il Arras en abattant ses remparts ?
Pendant des siècles, Arras fut une ville enfermée dans ses remparts, ceinturée de murailles et de fortifications qui la protégeaient mais l'empêchaient aussi de s'étendre. C'est dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, sous l'impulsion du maire Émile Legrelle, que la ville abattit son enceinte urbaine pour s'ouvrir enfin sur l'extérieur. Ce geste, décisif, transforma le visage d'Arras et permit son expansion moderne. Retour sur ce tournant urbain majeur et sur le maire qui présida à la disparition des remparts, ouvrant à la ville une nouvelle ère.
Arras, ville fortifiée
Jusqu'au XIXᵉ siècle, Arras demeura une ville fortifiée, enserrée dans une ceinture de remparts héritée de son long passé de place de guerre. Depuis le Moyen Âge, la cité s'était protégée derrière ses murailles, sans cesse renforcées au fil des époques et des menaces. Après le rattachement à la France, les fortifications avaient été modernisées, notamment dans le sillage de l'œuvre de Vauban et de la citadelle, faisant d'Arras une place forte du royaume. Cette vocation militaire avait façonné la ville : enfermée dans ses murs, elle ne pouvait s'étendre, et sa croissance était contrainte par les limites de l'enceinte. Les fortifications, avec leurs bastions, leurs fossés et leurs portes, formaient une barrière physique et symbolique entre la ville et la campagne environnante. Cette situation, longtemps nécessaire à la défense, devint peu à peu un handicap à mesure que la fonction militaire des remparts perdait de son importance. Au XIXᵉ siècle, avec l'évolution de l'art de la guerre et le recul des menaces, les fortifications des villes de l'intérieur perdaient leur utilité, tout en continuant d'entraver le développement urbain. Arras, comme beaucoup d'autres cités, se trouvait ainsi prisonnière de ses murs, incapable de s'étendre pour accueillir une population croissante et répondre aux besoins d'une ville moderne. Cette contrainte pesait sur l'urbanisme, l'hygiène et la circulation, dans une agglomération de plus en plus à l'étroit. Comprendre ce que représentait la ville fortifiée est essentiel pour saisir l'ampleur du changement qu'allait constituer la démolition des remparts. Arras, enfermée dans ses murailles, aspirait à respirer et à s'étendre, et cette aspiration allait trouver, dans la seconde moitié du siècle, les conditions de sa réalisation.
Émile Legrelle, un maire bâtisseur
C'est à un maire, Émile Legrelle, que l'histoire attache le souvenir de la grande transformation urbaine d'Arras. Dans les années 1870 et 1880, à la tête de la municipalité, Legrelle s'attacha à moderniser la ville et à lui donner les moyens de son développement. Homme de son temps, soucieux de progrès et d'aménagement, il incarna la figure du maire bâtisseur, préoccupé de l'avenir de sa cité. Sous son mandat, la question des fortifications, qui bridaient l'expansion de la ville, se posa avec acuité. Legrelle comprit que l'avenir d'Arras passait par la disparition de ces remparts devenus inutiles et encombrants, afin d'ouvrir la ville et de permettre sa croissance. Son action s'inscrivait dans un mouvement général qui, à la même époque, conduisit de nombreuses villes françaises à démolir leurs fortifications pour se moderniser. La démolition des remparts d'Arras est ainsi indissociable de son nom, qui reste attaché à ce tournant urbain majeur. Legrelle ne fut pas seulement l'artisan de cette démolition : il fut aussi le promoteur d'une vision moderne de la ville, ouverte, aérée et tournée vers l'avenir. Son mandat marqua une étape décisive dans l'histoire urbaine d'Arras, celle du passage de la ville fortifiée à la ville ouverte. Comprendre le rôle de ce maire permet de saisir comment une volonté politique put transformer durablement le visage de la cité. Émile Legrelle incarne cette génération d'édiles du XIXᵉ siècle qui, portés par la foi dans le progrès, entreprirent de moderniser leurs villes en abattant les vestiges d'un passé militaire révolu, pour faire place à la cité nouvelle qu'appelaient les besoins de leur temps.

Le déclassement des fortifications
La démolition des remparts d'Arras fut rendue possible par le déclassement des fortifications. Tant que la ville conservait son statut de place forte, ses murailles relevaient de l'autorité militaire et ne pouvaient être touchées. Il fallut donc que les fortifications perdent officiellement leur fonction militaire pour que la ville puisse en disposer. Ce déclassement, décidé dans le contexte de l'évolution de la stratégie militaire, libéra Arras de la contrainte des remparts. Avec le recul des menaces sur les villes de l'intérieur et l'évolution de l'art de la guerre, les fortifications urbaines de nombreuses cités perdaient leur raison d'être. Leur maintien n'avait plus de justification militaire, tandis qu'elles continuaient d'entraver le développement des villes. Le déclassement permit ainsi de transférer les terrains et les ouvrages à la ville, qui put dès lors envisager leur démolition et l'aménagement des espaces libérés. Cette procédure, souvent longue et complexe, était le préalable indispensable à toute transformation. À Arras, comme ailleurs, le déclassement des fortifications ouvrit la voie à un vaste chantier de démolition et de réaménagement urbain. Il marquait la fin officielle de la vocation militaire de la ville, qui cessait d'être une place forte pour devenir une cité ouverte. Ce changement de statut, aux conséquences considérables, était l'aboutissement d'une évolution de longue date, celle du déclin de la fortification urbaine face aux progrès de l'armement et à l'extension des villes. Comprendre le déclassement des fortifications permet de saisir le cadre juridique et militaire qui rendit possible la démolition des remparts. Sans cette étape préalable, la transformation urbaine voulue par Legrelle n'aurait pu avoir lieu. Le déclassement fut donc la clé qui ouvrit à Arras la possibilité de se libérer de ses murs et de s'engager dans la voie de la modernité.
Abattre les remparts
Une fois les fortifications déclassées, la ville entreprit d'abattre ses remparts. Ce chantier considérable, qui s'étendit sur plusieurs années, transforma radicalement le visage d'Arras. Les murailles, les bastions et les portes qui avaient ceinturé la ville pendant des siècles furent progressivement démolis, faisant disparaître l'ancienne enceinte. Cette démolition n'était pas une simple destruction : elle s'accompagnait d'un vaste projet de réaménagement des espaces libérés. Là où s'élevaient jadis les fortifications, la ville disposait désormais de vastes terrains, qu'il s'agissait d'aménager pour accueillir la croissance urbaine. La démolition des remparts s'inscrivait ainsi dans une logique d'urbanisme et de modernisation, visant à ouvrir la ville et à lui donner les moyens de son développement. Il convient de noter que la citadelle de Vauban, elle, ne fut pas démolie : c'est l'enceinte urbaine, les remparts qui entouraient la ville proprement dite, qui disparut, tandis que la forteresse subsista. Cette distinction est importante : Arras perdit ses murailles urbaines, mais conserva sa citadelle, monument qui témoigne encore aujourd'hui de son passé militaire. La démolition des remparts fut l'un des grands chantiers de l'histoire urbaine d'Arras, comparable à ce que connurent d'autres villes françaises à la même époque. Elle marqua la fin de la ville close et le début de la ville ouverte, libérée de la contrainte de ses murs. Ce geste, à la fois destructeur et créateur, ouvrait la voie à une nouvelle conception de la ville, aérée et extensible. Abattre les remparts, c'était faire table rase d'un passé militaire pour construire l'avenir urbain, dans un mouvement caractéristique de l'esprit de progrès du XIXᵉ siècle.
Des boulevards à la place des murs
La démolition des remparts libéra de vastes espaces, sur lesquels la ville put créer de nouveaux aménagements. À la place des murailles s'élevèrent des boulevards, larges voies de circulation qui ceinturèrent désormais la ville là où se dressaient jadis les fortifications. Ces boulevards, tracés sur l'emprise des anciens remparts, devinrent des axes majeurs de la ville, facilitant la circulation et structurant l'urbanisme. Ils offraient aussi des espaces de promenade et d'agrément, plantés d'arbres, qui améliorèrent le cadre de vie. La transformation des remparts en boulevards est caractéristique de l'urbanisme du XIXᵉ siècle, qui vit de nombreuses villes remplacer leurs fortifications par de grandes avenues. Ce type d'aménagement, parfois appelé boulevard de ceinture, épousait le tracé des anciennes murailles et créait une transition entre le cœur historique et les nouveaux quartiers. Outre les boulevards, les espaces libérés permirent la création de jardins et d'équipements, contribuant à aérer et embellir la ville. Cette reconquête des terrains des fortifications transforma profondément la physionomie d'Arras, lui donnant un visage plus moderne et plus ouvert. Les anciens fossés et glacis firent place à des espaces verts et à des aménagements urbains, que l'on retrouve aujourd'hui parmi les parcs et jardins d'Arras. Cette transformation illustre le passage de la ville militaire à la ville moderne, où les impératifs de la défense cédaient la place aux besoins de la vie urbaine. Les boulevards nés de la démolition des remparts demeurent aujourd'hui des éléments structurants du paysage arrageois, témoins de cette grande transformation. Comprendre comment les murs firent place aux boulevards permet de saisir l'ampleur du réaménagement urbain qui suivit la démolition des remparts et façonna durablement la ville que nous connaissons.
| Avant | Après |
|---|---|
| Ville fortifiée, enfermée dans ses murs | Ville ouverte, libérée de son enceinte |
| Remparts, bastions et fossés | Boulevards, jardins et nouveaux quartiers |
| Croissance urbaine bloquée | Expansion vers l'extérieur |
| Vocation militaire | Ville moderne, la citadelle conservée |
L'expansion de la ville
La disparition des remparts ouvrit à Arras la possibilité de son expansion. Libérée de la contrainte de ses murs, la ville put enfin s'étendre au-delà de ses anciennes limites, gagnant sur la campagne environnante. De nouveaux quartiers purent se développer, accueillant une population croissante et de nouvelles activités. Cette expansion répondait aux besoins d'une ville en croissance, longtemps bridée par l'exiguïté de l'espace disponible à l'intérieur des remparts. L'ouverture de la ville favorisa son développement démographique et économique, en offrant de l'espace pour l'habitat, les équipements et les activités. L'urbanisme put se déployer plus librement, tracer de nouvelles rues et créer de nouveaux ensembles, dans le cadre d'une ville désormais extensible. Cette croissance s'inscrivait dans le contexte plus large du développement des villes au XIXᵉ siècle, porté par l'essor démographique et les transformations économiques. Arras, comme d'autres cités, connut ainsi une phase d'expansion rendue possible par la disparition des fortifications. L'ouverture de la ville favorisa aussi son raccordement aux nouveaux réseaux, notamment ferroviaires, qui transformaient alors la France. La ville ouverte pouvait mieux s'intégrer dans les circuits de communication et d'échange, participant à la modernisation du pays. Cette expansion marqua une étape importante dans l'histoire d'Arras, celle de son passage à la ville moderne, capable de croître et de se développer. Comprendre l'expansion permise par la démolition des remparts permet de saisir les conséquences durables de ce tournant urbain. En abattant ses murs, Arras ne fit pas que changer d'apparence : elle se donna les moyens de son avenir, ouvrant la voie à la croissance et au développement qui allaient façonner la ville contemporaine, héritière de cette grande transformation du XIXᵉ siècle.
Un tournant urbain
La démolition des remparts constitue un véritable tournant urbain dans l'histoire d'Arras. Elle marque le passage de la ville close, héritée du Moyen Âge et de l'époque des places fortes, à la ville ouverte et moderne du XIXᵉ siècle. Ce changement ne fut pas seulement physique : il traduisait une nouvelle conception de la ville, tournée vers le progrès, l'hygiène, la circulation et le développement. La disparition des murs améliora les conditions de vie, en aérant la ville, en facilitant les déplacements et en offrant de nouveaux espaces. Elle répondait aux préoccupations de l'urbanisme moderne, soucieux de salubrité et de fonctionnalité. Ce tournant s'inscrivait dans le grand mouvement de transformation des villes au XIXᵉ siècle, marqué par la modernisation et l'extension urbaine. Arras, en abattant ses remparts, rejoignait le rang des villes qui se libéraient de leur passé militaire pour embrasser la modernité. Ce changement eut des conséquences durables sur l'organisation et le développement de la ville, dont le visage actuel porte encore la marque. Le tournant urbain incarné par la démolition des remparts illustre la capacité d'une ville à se transformer et à se réinventer, en fonction des besoins et des aspirations de son époque. Il témoigne aussi du rôle décisif des choix politiques et de la volonté des édiles, comme Émile Legrelle, dans la transformation des villes. Comprendre ce tournant permet de saisir comment Arras passa de la ville fortifiée à la ville moderne, dans un mouvement caractéristique de son siècle. Cette transformation, l'une des plus importantes de l'histoire urbaine d'Arras, façonna durablement la cité et ouvrit la voie à son développement contemporain, faisant de la démolition des remparts un moment fondateur de la ville moderne.
L'héritage de Legrelle
L'action d'Émile Legrelle et la démolition des remparts ont laissé un héritage durable dans le paysage et l'histoire d'Arras. La ville que nous connaissons aujourd'hui, ouverte et étendue, est en grande partie le fruit de cette transformation du XIXᵉ siècle. Les boulevards tracés sur l'emprise des anciennes fortifications, les quartiers nés de l'expansion, la physionomie ouverte de la cité : autant d'éléments qui témoignent de ce tournant urbain. Le nom de Legrelle reste attaché à cette grande œuvre, celle du maire qui abattit les remparts et ouvrit la ville sur l'avenir. Son action illustre le rôle des édiles dans la transformation des villes et la portée durable de leurs choix. L'héritage de cette période se lit dans l'organisation même de la ville, dont la structure porte la marque de la disparition des remparts et de l'expansion qui suivit. Cette ouverture favorisa aussi le raccordement d'Arras aux réseaux modernes, dont témoigne notamment la gare ferroviaire d'Arras, symbole de la ville connectée et ouverte sur l'extérieur. La transformation voulue par Legrelle inscrivit durablement Arras dans la modernité, lui donnant les moyens de son développement. Se souvenir de cette période et du rôle de ce maire, c'est comprendre comment la ville actuelle s'est constituée, à partir de la ville fortifiée d'autrefois. L'héritage de Legrelle n'est pas seulement matériel : il est aussi celui d'une vision, celle d'une ville moderne, ouverte et tournée vers l'avenir. Cette vision, mise en œuvre au XIXᵉ siècle, façonna durablement Arras et continue de marquer son visage aujourd'hui. Redécouvrir l'histoire de la démolition des remparts et du maire qui la conduisit, c'est ainsi éclairer un chapitre décisif de l'histoire urbaine d'Arras, celui de la naissance de la ville moderne, libérée de ses murs et ouverte sur le monde.