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Jeanne d'Arc prisonnière : quel lien avec Arras et l'Artois ?

Jeanne d'Arc prisonnière des Bourguignons en Artois

Parmi les grandes figures de l'histoire de France qui croisèrent le destin d'Arras, il en est une inattendue : Jeanne d'Arc, prisonnière des Bourguignons. Capturée en 1430, la jeune héroïne connut, durant sa captivité, la terre d'Artois alors tenue par le duc de Bourgogne, dont Arras était la capitale. Avant d'être vendue aux Anglais et conduite à Rouen où elle fut jugée et brûlée, Jeanne passa entre les mains bourguignonnes, dans cette région du Nord où son sort se joua en partie. Son procès garde même la trace d'un lien avec Arras. Comprendre cet épisode, c'est éclairer un moment tragique de la guerre de Cent Ans et rappeler qu'Arras, place bourguignonne, fut mêlée à la destinée de la plus célèbre des Françaises. Retour, avec la prudence de l'historien, sur Jeanne d'Arc et l'Artois.

La capture de Jeanne d'Arc en 1430

Tout commence par un événement décisif : la capture de Jeanne d'Arc, en mai 1430, devant Compiègne. Alors qu'elle menait une sortie contre les assiégeants, la Pucelle fut faite prisonnière par des soldats bourguignons, dans le camp allié des Anglais. Cette capture était une aubaine pour les ennemis de Jeanne : celle qui avait redonné courage aux Français et fait sacrer le roi à Reims tombait entre les mains du parti bourguignon, alors en guerre contre le camp du roi de France. Il faut rappeler le contexte : la France était déchirée par la guerre de Cent Ans et par la lutte entre Armagnacs et Bourguignons, ces derniers alliés aux Anglais. Or l'Artois et Arras appartenaient au duc de Bourgogne, héritier lointain des comtes de Flandre, dont le domaine s'étendait sur une grande partie du Nord. En tombant aux mains des Bourguignons, Jeanne se retrouvait donc en territoire hostile, dans la mouvance de cette puissante principauté. Sa capture ouvrait une longue captivité, durant laquelle son sort allait être négocié entre ses geôliers bourguignons et les Anglais qui la réclamaient. Comprendre les circonstances de cette prise est essentiel pour saisir la suite : Jeanne ne fut pas immédiatement livrée aux Anglais, mais d'abord détenue par les Bourguignons, dans cette région d'Artois dont Arras était le cœur. C'est ce moment charnière, entre la capture et la livraison, qui relie la Pucelle à la terre arrageoise.

Jeanne d’Arc prisonniere des Bourguignons en Artois en 1430

Une captivité en terre bourguignonne

Après sa capture, Jeanne connut une captivité en terre bourguignonne, aux mains du seigneur qui l'avait faite prisonnière. Elle fut détenue dans plusieurs lieux du Nord, dans des châteaux relevant de ses geôliers, avant d'être finalement remise aux Anglais. Cette période de détention, qui dura plusieurs mois, se déroula dans la région contrôlée par la Bourgogne, dont l'Artois et Arras formaient une part essentielle. Jeanne, prisonnière, devint l'enjeu d'âpres tractations : les Anglais voulaient s'emparer d'elle pour la juger et la discréditer, tandis que ses geôliers bourguignons pouvaient monnayer leur prise. Le camp du roi de France, celui qu'elle avait servi, ne fit guère d'efforts pour la délivrer, ce qui reste l'une des zones d'ombre de cette histoire. Durant cette captivité, Jeanne fit preuve d'un courage et d'une fermeté qui frappèrent ses contemporains, allant jusqu'à tenter de s'évader. Elle se trouvait alors au cœur d'un territoire hostile, celui de la Bourgogne, dont Arras était la grande cité. Quelques années plus tôt, cette même Arras bourguignonne avait résisté à l'armée royale, comme le rappelle le siège d'Arras de 1414. Cette immersion dans le monde bourguignon, avant sa livraison aux Anglais, ancre le destin de Jeanne dans la région. Il faut ici s'en tenir aux faits établis et se garder des embellissements légendaires : la captivité bourguignonne de Jeanne est documentée, notamment par les archives et par son propre procès, et c'est sur ces bases que l'historien reconstitue cet épisode, sans céder aux récits romancés qui ont parfois brouillé la réalité de cette période sombre de sa vie.

RepèreÉlément
Mai 1430Capture de Jeanne devant Compiègne
GeôliersLes Bourguignons, maîtres de l'Artois
LienArras, capitale bourguignonne de la région
1431Livrée aux Anglais, jugée et brûlée à Rouen

Jeanne et Arras : la trace du procès

Le lien entre Jeanne et Arras n'est pas qu'une affaire de géographie : il laisse une trace dans les sources, et notamment dans le procès de la Pucelle. Selon les minutes de son procès, Jeanne évoqua Arras, mentionnant notamment qu'on lui y aurait montré une représentation d'elle-même, un portrait la figurant. Ce détail, tiré de ses propres déclarations devant ses juges, atteste d'un contact entre la prisonnière et la cité arrageoise durant sa captivité bourguignonne. Il faut manier cette information avec la rigueur qui s'impose : les documents du procès sont une source précieuse mais complexe, à interpréter avec soin. Ce qu'ils révèlent, c'est que le nom d'Arras figure dans l'histoire de Jeanne, comme l'un des lieux liés à son parcours de captive. Cette mention, si modeste soit-elle, suffit à inscrire la ville dans le grand récit johannique. Elle rappelle qu'Arras, capitale de l'Artois bourguignon, se trouvait sur la carte de la captivité de Jeanne, dans cette région du Nord où se joua une partie de son destin. Pour l'historien local, ce lien est précieux : il rattache la ville à l'une des figures les plus universelles de l'histoire de France. Sans exagérer la place d'Arras dans l'épopée de Jeanne, dont les moments décisifs se jouèrent ailleurs, on peut légitimement souligner ce point de contact, attesté par les sources, entre la Pucelle et la cité. C'est ce fil ténu mais réel qui justifie que l'on évoque Jeanne d'Arc dans l'histoire d'Arras.

Vendue aux Anglais : la fin d'une héroïne

La captivité bourguignonne de Jeanne s'acheva par un acte qui scella son sort : sa livraison aux Anglais. Contre une forte somme d'argent, les Bourguignons remirent leur prisonnière aux Anglais, qui la conduisirent à Rouen. Là, elle fut soumise à un procès en hérésie, mené par des juges acquis à la cause anglaise, dans des conditions qui firent de ce procès une parodie de justice. Condamnée, Jeanne fut brûlée vive à Rouen en 1431, à un âge où elle était encore presque une enfant. Cette fin tragique, où se mêlèrent la politique, la religion et la vengeance, fit d'elle une martyre. La responsabilité des Bourguignons, qui la capturèrent et la vendirent, est engagée dans ce dénouement, tout comme celle des Anglais et de leurs alliés français. Bien plus tard, un procès en réhabilitation lava sa mémoire, et Jeanne devint l'une des grandes figures de l'histoire et de la spiritualité françaises, jusqu'à sa canonisation au XXe siècle. Pour comprendre le rôle de l'Artois et d'Arras dans cette histoire, il faut mesurer que c'est bien le camp bourguignon, maître de la région, qui livra Jeanne à ses juges. La ville d'Arras, capitale de ce camp, se trouve ainsi indirectement liée à la fin de l'héroïne. Cette responsabilité collective du parti bourguignon, dont Arras était le cœur, est un aspect essentiel, quoique inconfortable, du lien entre la cité et Jeanne d'Arc, qu'une histoire honnête ne saurait passer sous silence.

Jeanne d’Arc et l’Artois11430capturee par les Bourguignons2Captiviteen terre bourguignonne31431vendue aux Anglais, brulee a Rouen

Histoire et légende de Jeanne

Peu de personnages ont suscité autant de récits et de légendes que Jeanne d'Arc. Figure historique bien réelle, dont l'existence et les grandes actions sont solidement documentées, elle est aussi devenue un mythe, récupéré et réinterprété au fil des siècles par des courants politiques et religieux divers. L'historien doit ici faire preuve d'une grande vigilance, distinguant les faits attestés des ajouts légendaires et des instrumentalisations. Le parcours de Jeanne, de Domrémy à Rouen, en passant par le sacre de Reims et sa captivité, est connu grâce à des sources exceptionnelles, au premier rang desquelles les minutes de son procès et de sa réhabilitation. Des historiennes et historiens de référence ont consacré des travaux rigoureux à démêler la vérité de la légende, restituant la Jeanne réelle sous les couches d'interprétations. Cette démarche critique est particulièrement nécessaire pour un personnage aussi chargé de symboles. Pour ce qui concerne Arras, elle invite à ne ni surestimer ni négliger le lien de la ville avec Jeanne : ni haut lieu de son épopée, ni détail insignifiant, Arras fut l'une des cités de la région où se déroula sa captivité bourguignonne. Restituer ce lien avec justesse, sans l'amplifier abusivement, est la meilleure manière d'honorer à la fois la mémoire de Jeanne et l'exigence de vérité historique. C'est aussi une occasion de rappeler l'importance des sources et de la méthode dans la connaissance du passé, face à un personnage que la légende n'a cessé de vouloir s'approprier.

L'Artois bourguignon au temps de Jeanne

La captivité de Jeanne éclaire, en creux, la situation de l'Artois bourguignon au début du XVe siècle. La région, avec Arras pour capitale, appartenait alors au duc de Bourgogne, l'un des princes les plus puissants d'Europe, dont le domaine s'étendait des Pays-Bas à la Bourgogne. Allié des Anglais contre le roi de France, le duc de Bourgogne jouait un rôle central dans la guerre de Cent Ans, et la capture de Jeanne par ses hommes s'inscrit dans cette alliance. Arras, grande cité de ce vaste ensemble, vivait au rythme de la puissance bourguignonne, dont la cour comptait parmi les plus brillantes de l'époque. Cette période, marquée par les tensions et les guerres, fut aussi, pour la région, un temps de prospérité et de rayonnement sous l'égide des ducs, comme en témoigne l'éclat de la bataille d'Azincourt et de ses suites qui avaient renforcé la Bourgogne. Comprendre la captivité de Jeanne suppose de garder à l'esprit ce cadre : elle fut prisonnière d'un camp, le camp bourguignon, dont Arras était le fleuron. Le destin de la Pucelle et celui de la ville se croisent ainsi dans le contexte de cette Bourgogne triomphante, avant les grands retournements à venir. Quelques années après la mort de Jeanne, ce même camp bourguignon allait d'ailleurs se réconcilier avec le roi de France, précisément à Arras, lors d'un congrès resté célèbre. La ville, liée à la captivité de Jeanne, allait ainsi devenir le théâtre d'un tournant majeur de la guerre de Cent Ans.

Pourquoi évoquer Jeanne d'Arc à Arras

Au terme de ce parcours, une question demeure : pourquoi évoquer Jeanne d'Arc dans l'histoire d'Arras ? Parce que, sans être un lieu majeur de son épopée, la ville et sa région furent mêlées à l'un des épisodes les plus sombres de sa vie, sa captivité bourguignonne, qui déboucha sur sa mort. Parce que le nom d'Arras figure dans les sources johanniques, notamment dans son procès. Et parce que faire connaître ce lien, c'est inscrire l'histoire locale dans la grande histoire nationale, en montrant comment le destin d'une figure universelle a croisé celui d'une cité du Nord. Il ne s'agit pas de revendiquer abusivement Jeanne pour Arras, ni de gonfler artificiellement un lien qui reste secondaire dans son parcours. Il s'agit, plus justement, de reconnaître ce point de contact et de le restituer avec exactitude, dans le respect des faits. Cette démarche illustre une vérité générale de l'histoire locale : les grandes cités sont souvent mêlées, à un moment ou à un autre, aux événements majeurs de l'histoire du pays. Arras, par sa position et son importance, fut de celles-là, croisant le destin de personnages aussi considérables que Jeanne d'Arc. Redonner sa juste place à cet épisode, c'est enrichir la connaissance du passé d'Arras et rappeler que cette ville, si riche de sa propre histoire, fut aussi le témoin et l'actrice, parfois malgré elle, des grands drames de l'histoire de France.