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Nemetacum, à quoi ressemblait la cité gallo-romaine d'Arras ?

Nemetacum, la cité gallo-romaine des Atrébates à Arras

Avant Arras, il y eut Nemetacum, la ville gallo-romaine des Atrébates. Longtemps méconnue du grand public, cette cité antique fut pourtant, pendant plusieurs siècles, un centre urbain prospère du nord de la Gaule, doté de rues régulières, de monuments publics et d'un artisanat textile exporté dans tout l'empire. Son histoire, reconstituée à partir des textes anciens, dont la Guerre des Gaules de César, et surtout des fouilles archéologiques, éclaire les origines romaines d'Arras. Elle raconte comment un peuple celte vaincu se mua en cité intégrée à Rome, avant que les crises de l'Antiquité tardive n'emportent cette première ville. Comprendre Nemetacum, c'est remonter à la matrice antique d'une cité deux fois millénaire.

D'un peuple vaincu à une cité romaine

La naissance de Nemetacum est fille de la conquête. Après la soumission des Atrébates, la région entre dans l'orbite de Rome, et le pouvoir impérial y favorise le développement d'une ville selon le modèle méditerranéen. Pour les origines et le contexte de cette bascule, on se reportera utilement à l'histoire d'Arras, de la préhistoire à la Gaule, qui retrace le long cheminement des premiers occupants jusqu'à la cité antique. Sous la paix romaine, la ville gallo-romaine s'organise sur la colline de Baudimont, un site légèrement surélevé qui domine les cours d'eau environnants. Le choix n'est pas anodin : il répond à des impératifs de salubrité, de défense et de contrôle des voies. Nemetacum devient alors le chef-lieu de la cité des Atrébates, c'est-à-dire le centre administratif d'un vaste territoire. Ce statut lui confère un rôle politique et fiscal, mais aussi symbolique, celui d'une capitale locale où s'affiche la puissance de Rome. En quelques générations, le peuple guerrier des bords du Sabis s'est ainsi transformé en communauté urbaine, adoptant l'urbanisme, les techniques et une partie du mode de vie romains, tout en conservant un fond de culture celte.

Le nom de Nemetacum, un indice sacré

Le nom même de la ville livre un précieux indice. Nemetacum, comme la forme Nemetocenna employée par César, dérive du mot celtique nemeton, qui désigne un sanctuaire, un espace sacré, souvent un bois consacré aux divinités. Ce toponyme suggère qu'un lieu de culte préexistait à la ville romaine, ou du moins que le site avait une dimension religieuse pour les Atrébates. La chose est fréquente : bien des cités antiques se sont développées autour d'un sanctuaire ou d'un carrefour vénéré. Les spécialistes de la Gaule antique rappellent toutefois que l'interprétation des toponymes demande de la prudence, car les formes anciennes sont parfois altérées par la transmission des textes. Retenir cette origine sacrée n'est donc pas affirmer une certitude absolue, mais signaler une piste sérieuse et cohérente avec ce que l'on sait de la religion celte. Elle rappelle surtout que, sous la ville romaine, se cache une strate plus ancienne, celle d'un peuple pour qui certains lieux avaient une valeur spirituelle. Cette profondeur symbolique donne à Nemetacum une épaisseur qui dépasse la simple création administrative romaine.

Nemetacum, la ville gallo-romaine des Atrébates sur la colline de Baudimont

Une ville organisée sur la colline de Baudimont

Les fouilles menées sur le site de Baudimont ont révélé les traits d'une véritable ville romaine. Nemetacum s'étendait sur une trentaine d'hectares, une surface respectable pour une capitale de cité de la Gaule du Nord. On y retrouve la trace d'un plan urbain régulier, organisé en îlots, avec des rues empierrées, des réseaux d'adduction et d'évacuation de l'eau, des maisons parfois ornées d'enduits peints et de sols soignés. La ville disposait des équipements attendus d'un centre romain, monuments publics, espaces de commerce et d'artisanat, témoignant d'un niveau de vie urbain comparable à celui d'autres cités gauloises. Ce cadre bâti traduit l'adoption des normes romaines par les élites locales, désireuses d'afficher leur intégration à l'empire. Il ne faut pourtant pas imaginer une réplique de Rome : Nemetacum restait une ville de province, à l'échelle de son territoire, où se mêlaient traditions indigènes et apports méditerranéens. L'archéologie, en révélant ces vestiges enfouis, permet de reconstituer peu à peu la physionomie d'une cité disparue, dont il ne subsiste rien en élévation, mais dont le sous-sol arrageois garde la mémoire. Chaque chantier de fouille apporte sa pièce à ce puzzle patiemment reconstitué.

RepèreÉlément
SiteLa colline de Baudimont, à Arras
StatutChef-lieu de la cité des Atrébates
ÉtendueEnviron trente hectares
SpécialitéArtisanat textile exporté dans l'empire

Un carrefour de routes romaines

La prospérité de Nemetacum tenait aussi à sa position de carrefour. La cité était reliée par des chaussées romaines aux grands centres de la Gaule septentrionale, de la métropole de Bagacum, l'actuelle Bavay, aux villes voisines comme Cambrai, Amiens ou Tournai. Ce réseau routier, l'un des plus denses de l'empire, faisait circuler les marchandises, les troupes, les fonctionnaires et les idées. Pour une ville vouée au commerce du textile, cette insertion dans les voies romaines était vitale : elle ouvrait des débouchés lointains et arrimait la cité à l'économie impériale. Les routes antiques ont d'ailleurs laissé une empreinte durable dans le paysage régional, certains tracés modernes en héritant encore. Situer Nemetacum sur cette toile de chaussées, c'est comprendre qu'elle n'était pas un point isolé mais un maillon d'un vaste système d'échanges qui structurait tout le nord de la Gaule.

La vie quotidienne dans la cité

Que sait-on de la vie quotidienne à Nemetacum ? Les fouilles livrent surtout des fragments : céramiques, monnaies, objets de parure, restes d'habitations. Ils dessinent une société urbaine où cohabitaient artisans, marchands, notables et petit peuple, dans des maisons de tailles très diverses. On y menait une existence rythmée par le travail, le marché et la vie religieuse, à la manière des autres villes gallo-romaines. Les habitants adoptèrent peu à peu des usages romains, de la vaisselle de table aux modes vestimentaires, sans renier tout à fait leur fond gaulois. Cette culture mixte, dite gallo-romaine, est l'une des grandes originalités de la période : ni tout à fait Rome, ni tout à fait la Gaule celte, mais un métissage fécond. Reconstituer ce quotidien demande la prudence de l'archéologue, car les objets parlent moins fort que les textes, mais ils disent une chose sûre : ici vivait une population nombreuse et active, insérée dans son temps.

Cultes et croyances à Nemetacum

La dimension religieuse, inscrite jusque dans le nom de la ville, n'a jamais disparu. Sous l'empire, les habitants pratiquaient un culte syncrétique, mêlant les divinités romaines et les vieilles croyances celtes, souvent associées sous des noms doubles. Des sanctuaires, des autels et des objets votifs témoignent de cette vie spirituelle, où le panthéon romain se superposait aux cultes indigènes sans les effacer. Les nécropoles, installées selon l'usage aux abords de la ville, éclairent aussi les croyances funéraires et l'attention portée aux morts. À la fin de l'Antiquité, un nouvel horizon religieux se dessine avec la diffusion du christianisme, qui prépare le monde médiéval. Les sources restent lacunaires et invitent à la prudence, mais elles confirment que Nemetacum fut, du sanctuaire celte originel aux premières communautés chrétiennes, un lieu où le sacré tint une place constante. Cette continuité religieuse annonce déjà la vocation spirituelle que l'abbaye Saint-Vaast donnera plus tard à la ville renaissante.

Le textile, la richesse de Nemetacum

Si Nemetacum a prospéré, c'est en grande partie grâce à une activité qui fera plus tard la fortune médiévale d'Arras : le travail du textile. Dès l'époque romaine, la région était réputée pour ses productions de laine et de tissus, appréciées bien au-delà de la cité et diffusées à travers l'empire par les routes et le commerce. Cette vocation textile, attestée par les sources antiques, dessine une continuité frappante avec les siècles suivants, quand la draperie et les tapisseries d'Arras rayonneront en Europe. Il y a là comme un fil conducteur, au sens propre, qui relie la cité gallo-romaine à la ville marchande du Moyen Âge. Cette spécialisation économique explique aussi la prospérité de Nemetacum et l'aisance de certains de ses habitants, dont les demeures et le mobilier révèlent un certain confort. Elle témoigne enfin de l'insertion de la cité dans les grands réseaux d'échanges de l'empire, où les produits circulaient sur de longues distances. Loin d'être un bourg isolé, Nemetacum participait à une économie-monde antique, exportant son savoir-faire et important en retour les produits et les modes de la Méditerranée. Cette ouverture commerciale est l'une des clés de sa réussite.

Nemetacum en bref1Colline de Baudimontle site de la cité2Cité des Atrébateschef-lieu régional3Textileexporté dans l'empire

Fortifications, crises et déclin

La prospérité de Nemetacum ne dura pas indéfiniment. À partir du IIIe siècle, l'empire romain traverse de graves crises, et le nord de la Gaule subit les premières incursions germaniques. Comme d'autres villes, Nemetacum se dote alors de fortifications, se resserrant sur un noyau plus défendable, signe des temps troublés. Cette réduction de la ville, observée par l'archéologie, traduit un basculement : la cité ouverte et confiante du Haut-Empire cède la place à une place forte inquiète, tournée vers sa protection. Les difficultés s'accumulent au fil de l'Antiquité tardive, entre insécurité, affaiblissement du pouvoir romain et transformations profondes de la société. La ville semble avoir conservé un rôle, notamment religieux, mais son éclat décline. Les historiens invitent à ne pas dramatiser à l'excès ce déclin, souvent progressif et inégal, plutôt qu'un effondrement brutal. Il n'en reste pas moins que le grand centre urbain des premiers siècles n'était plus, à la fin de l'Antiquité, que l'ombre de lui-même. Cette trajectoire, de l'essor à la contraction, est celle de bien des villes gallo-romaines confrontées à la fin d'un monde.

De Nemetacum à Arras : une mémoire enfouie

La fin de Nemetacum ne fut pas la fin de l'histoire. Après les destructions et les bouleversements du début du Ve siècle, la vie ne disparut pas totalement du site, et c'est un peu plus tard, autour d'une abbaye Saint-Vaast fondée au bord du Crinchon, que renaîtra la ville médiévale d'Arras, décalée par rapport à la cité antique. Nemetacum devint alors une mémoire enfouie, dont le nom se transforma au fil des siècles et dont les vestiges dorment sous le sol de la ville actuelle. C'est l'archéologie qui, à l'époque moderne et contemporaine, a exhumé cette première Arras, redonnant chair à une cité oubliée. Chaque découverte, du plan des rues aux objets du quotidien, permet de mieux comprendre ce que fut la vie ici il y a deux mille ans. Faire connaître Nemetacum, c'est rappeler qu'Arras n'est pas née au Moyen Âge, mais qu'elle plonge ses racines dans l'Antiquité, sur une colline où un peuple celte devenu romain bâtit une ville prospère. Cette profondeur historique est un trésor patrimonial autant qu'un motif de fierté pour la cité d'aujourd'hui.