Histoire de la ville d'Arras
Peu de villes du nord de la France concentrent une histoire aussi dense que celle d’Arras. Née d’un oppidum des Atrébates devenu la cité gallo-romaine de Nemetacum, la capitale de l’Artois a traversé vingt siècles de rebondissements : la puissance spirituelle de l’abbaye Saint-Vaast, l’âge d’or de la draperie médiévale et de sa richesse marchande, la souveraineté espagnole, puis le rattachement à la France en 1640, confirmé par le traité des Pyrénées. Ville de Robespierre et de Vidocq, meurtrie par la Grande Guerre puis patiemment reconstruite, Arras offre aujourd’hui ses deux places baroques flamandes classées et le labyrinthe de ses carrières souterraines. Cette rubrique rassemble nos articles consacrés au passé arrageois, des origines antiques aux grandes figures qui ont marqué la ville. Vous y suivrez le fil des siècles : essor marchand, sièges et batailles, révolutions et reconstructions. Avant de parcourir la liste ci-dessous, découvrez dans les pages qui suivent une vue d’ensemble de cette aventure, pour comprendre comment une modeste bourgade atrébate est devenue l’une des cités les plus fascinantes des Hauts-de-France, riche d’un patrimoine et d’une mémoire hors du commun.
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Augustin et Charlotte Robespierre : qui étaient les frère et sœur de Maximilien ?
Augustin et Charlotte Robespierre partagèrent avec Maximilien l'enfance orpheline à Arras. Augustin mourut avec lui en 1794 ; Charlotte, survivante, laissa de précieux mémoires.
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Robespierre avocat à Arras : qui était l'homme avant la Révolution ?
Avant la Révolution, Robespierre fut avocat à Arras, sa ville natale. Formé à Louis-le-Grand, défenseur du paratonnerre, académicien et Rosati : retour sur ses années arrageoises.
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Le théâtre d'Arras au XVIIIe siècle : comment la ville se dota-t-elle d'une scène à l'italienne ?
Au XVIIIe siècle, Arras se dota d'un élégant théâtre à l'italienne. Comédies, tragédies et opéras y rassemblaient une société éprise de spectacle, dans une tradition théâtrale née au Moyen Âge.
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L'Académie d'Arras : comment Dubois de Fosseux fit-il rayonner les savants au siècle des Lumières ?
Fondée en 1737, l'Académie d'Arras réunit les savants des Lumières. Son secrétaire Dubois de Fosseux et sa correspondance en firent un carrefour intellectuel ; Robespierre en fut directeur.
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Les hôtels particuliers d'Arras : à quoi ressemblait l'Arras aristocratique du XVIIIe siècle ?
Au XVIIIe siècle, la noblesse et la bourgeoisie d'Arras se firent bâtir de beaux hôtels particuliers de brique et de pierre, comme l'hôtel de Guînes, témoins d'un art de vivre raffiné.
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La réunion de la Ville et de la Cité : comment Arras devint-elle une seule ville en 1749 ?
Pendant plus de mille ans, Arras fut deux villes : la Cité épiscopale et la Ville marchande. En 1749, un édit royal les réunit enfin en une seule et même municipalité.
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Les Rosati d'Arras : qui étaient ces poètes de la rose et de l'amitié au siècle des Lumières ?
Fondés en 1778 près d'Arras, les Rosati célébraient la rose, le vin et l'amitié. Robespierre et Carnot furent membres de cette aimable société poétique des Lumières.
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Le traité des Pyrénées de 1659 : comment Arras devint-elle française pour toujours ?
En 1659, le traité des Pyrénées met fin à la guerre franco-espagnole : l'Espagne cède l'Artois à la France et Arras devient définitivement et officiellement française.
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La citadelle de Vauban à Arras : pourquoi l'appelle-t-on « la belle inutile » ?
En 1668, Louis XIV fait bâtir par Vauban la citadelle d'Arras, forteresse en étoile du Pré carré. Jamais assiégée, « la belle inutile » est aujourd'hui classée au patrimoine mondial.
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D'Artagnan et les mousquetaires au siège d'Arras : histoire ou légende ?
Entre le siège d'Arras de 1640 bien réel, le corps des mousquetaires, le vrai d'Artagnan et la légende du roman : démêler l'histoire de la fiction.
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Le secours d'Arras de 1654 : comment Turenne sauva-t-il la ville ?
En 1654, Turenne brise le siège que Condé, passé à l'Espagne, avait mis devant Arras : un duel de grands capitaines, les débuts de Vauban et la ville sauvée.
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Les façades de brique et de pierre d'Arras : d'où vient ce style ?
Les façades de brique et de pierre d'Arras : du danger des maisons de bois aux règlements contre l'incendie, l'origine du style flamand des célèbres places.
Aux origines : les Atrébates et Nemetacum
Bien avant que ne s’élèvent ses beffrois, le site d’Arras était occupé par les Atrébates, un peuple gaulois belge dont le nom, issu d’une racine celtique évoquant les habitants ou les résidents fixés sur un territoire, a fini par désigner la cité elle-même. Leur chef Commios, un temps allié fidèle de Jules César qui l’avait chargé de missions diplomatiques en Bretagne insulaire, se retourna contre Rome lors de la grande révolte de Vercingétorix en 52 avant notre ère, avant de fuir outre-Manche pour échapper à la vengeance romaine. Après la conquête, les Romains fondèrent au confluent de la Crinchon et de la Scarpe la ville de Nemetacum, dont le nom évoque un « nemeton », ce sanctuaire sacré au cœur des croyances gauloises. Capitale de la « civitas Atrebatum », la cité prospéra grâce à un carrefour de voies romaines reliant Boulogne, Cambrai, Amiens et Tournai ; les fouilles y ont révélé un vaste réseau urbain quadrillé, des thermes, un forum, des ateliers de potiers et de bronziers, ainsi qu’une nécropole étendue. À son apogée, au IIe siècle, Nemetacum s’étendait sur près de cent hectares et comptait plusieurs milliers d’habitants. Menacée par les incursions germaniques et les troubles du IIIe siècle, la ville se replia derrière une enceinte réduite dont subsistent quelques vestiges. C’est au IVe siècle que le christianisme s’y implanta durablement, avec les premiers évêques, préparant le rôle religieux majeur que jouerait Arras tout au long du Moyen Âge.
Saint Vaast et la naissance d’une cité épiscopale
Le destin médiéval d’Arras se noue autour d’un homme, l’évêque Vaast (Vedastus), envoyé évangéliser la région au début du VIe siècle et qui aurait, selon la tradition, préparé le baptême de Clovis après la victoire de Tolbiac. À sa mort vers 540, sa sépulture devint un foyer de pèlerinage, et une puissante abbaye Saint-Vaast s’édifia sur la colline dominant la ville, la Montagne Saint-Éloi. Sous l’impulsion des rois francs puis des empereurs carolingiens, ce monastère bénédictin accumula terres, moulins, privilèges et reliques, jusqu’à devenir l’un des plus riches et des plus influents du nord de la Gaule, rivalisant avec les plus grandes abbayes de la chrétienté. Autour de l’abbaye et de la cité épiscopale se développèrent deux noyaux urbains longtemps rivaux et administrativement distincts, la Cité, groupée autour de la cathédrale et de l’évêque, et la Ville, marchande et bourgeoise, tournée vers l’abbé ; elles ne fusionneraient définitivement qu’à l’époque moderne. Le scriptorium de Saint-Vaast produisit des manuscrits enluminés d’une beauté remarquable, et l’abbaye demeura un pôle intellectuel et spirituel de premier plan jusqu’à la Révolution, formant des générations de clercs et de lettrés. Son architecture actuelle, entièrement reconstruite au XVIIIe siècle dans un style classique majestueux aux vastes proportions, abrite aujourd’hui le musée des beaux-arts et la médiathèque, témoignant de cette longue prééminence monastique qui structura la vie arrageoise pendant plus de mille ans.
Arras, cité drapière et sa richesse marchande
Aux XIIe et XIIIe siècles, Arras connut un extraordinaire essor économique qui en fit l’une des villes les plus riches et les plus peuplées d’Occident. Le secret de cette prospérité tenait à la draperie : la ville produisait des étoffes de laine fines et réputées dans toute l’Europe, teintes avec un savoir-faire jalousement gardé et exportées jusqu’en Italie, en Espagne et en Orient. Le mot « arazzo » en italien et « arras » en anglais désignent d’ailleurs encore aujourd’hui les tapisseries, tant la production arrageoise s’imposa comme une référence de luxe. Cette richesse fit d’Arras une véritable capitale de la finance : ses banquiers, changeurs et prêteurs, souvent regroupés dans de puissantes familles patriciennes comme les Crespin ou les Louchart, avançaient de l’argent aux princes, aux évêques et aux marchands de toute la chrétienté. La ville rayonna aussi par une vie culturelle intense, avec la célèbre confrérie des jongleurs et bourgeois d’Arras, le fameux « Puy » où se disputaient les concours poétiques, et un foisonnement littéraire dont le trouvère Adam de la Halle, auteur du « Jeu de Robin et Marion », fut la figure la plus brillante. Cette opulence se lisait dans les riches demeures, les foires renommées et les halles animées. Mais la concurrence flamande, les crises frumentaires, les révoltes urbaines et surtout la terrible peste noire de 1348 mirent progressivement fin à cet âge d’or, sans jamais effacer le prestige durable acquis par la cité.
Sous la couronne : Bourgogne puis souveraineté espagnole
À la fin du Moyen Âge, l’Artois et sa capitale passèrent entre plusieurs mains puissantes qui rebattirent sans cesse les cartes. Rattaché au comté de Flandre, puis intégré aux vastes domaines des ducs de Bourgogne au XVe siècle, Arras vécut sous Philippe le Bon et Charles le Téméraire une période de faste rythmée par les fêtes somptueuses de la cour bourguignonne, alors l’une des plus brillantes d’Europe. C’est là que fut signé en 1435 le premier traité d’Arras, réconciliation majeure entre le roi de France Charles VII et le duc de Bourgogne, tournant décisif de la guerre de Cent Ans. Après la mort de Charles le Téméraire devant Nancy en 1477 et le mariage de sa fille Marie de Bourgogne avec l’empereur Maximilien, la ville entra dans l’orbite des Habsbourg, non sans une brève et brutale occupation française sous Louis XI. Au partage de l’empire de Charles Quint en 1556, elle échut à la couronne d’Espagne. Pendant plus d’un siècle, Arras fut donc une place forte des Pays-Bas espagnols, fortifiée, résolument catholique et frontalière. Un second traité d’Arras, l’Union d’Arras signée en 1579, vit les provinces wallonnes du Sud faire allégeance au roi d’Espagne face aux provinces protestantes révoltées du Nord regroupées dans l’Union d’Utrecht, dessinant durablement la frontière entre les futurs Belgique et Pays-Bas.
1640 : Arras devient française
Le rattachement d’Arras à la France fut le fruit d’une longue et coûteuse guerre entre Louis XIII et l’Espagne des Habsbourg, dans le cadre de la guerre de Trente Ans. En 1640, les armées françaises, fortes de plus de vingt mille hommes et menées par les maréchaux de La Meilleraye, de Chaulnes et de Châtillon sous l’impulsion du cardinal de Richelieu, mirent le siège devant la ville lourdement fortifiée. Les Espagnols tentèrent de la secourir, mais après plusieurs semaines de combats acharnés, de tranchées et de bombardements, Arras capitula le 9 août et passa sous domination française. Un célèbre distique latin, moqueur, résumait l’enjeu et circulait des deux côtés : les Français rendraient Arras aux Espagnols quand les rats mangeraient les chats, jeu de mots resté proverbial sur « rats » et « Arras ». La conquête fut officialisée par le grand traité des Pyrénées de 1659, qui confirma l’appartenance de l’Artois au royaume, puis consolidée par le traité de Nimègue. Vauban, l’ingénieur militaire de Louis XIV, renforça alors les fortifications selon les canons de l’art bastionné et édifia la puissante citadelle, surnommée « la Belle Inutile » car, jamais réellement assiégée, elle ne servit jamais au combat. Désormais française, la ville conserva ses privilèges provinciaux, ses institutions et sa forte identité artésienne, tout en devenant un solide bastion aux marches septentrionales du royaume.
Lumières, Révolution et l’enfant Robespierre
Le XVIIIe siècle fut pour Arras une époque de renouveau et d’embellissement. La ville, devenue chef-lieu administratif, judiciaire et siège des États d’Artois, se para de beaux hôtels particuliers, de façades classiques et de couvents rénovés, tandis que l’abbaye Saint-Vaast était entièrement reconstruite avec faste. La vie intellectuelle s’animait autour d’académies et de sociétés savantes, dont la fameuse société badine des Rosati, cercle joyeux de poètes, de militaires et d’amateurs de bons vins et de roses. C’est dans ce cadre raffiné que grandit l’enfant le plus célèbre de la ville, Maximilien de Robespierre, né à Arras en 1758 dans une famille d’avocats. Brillant élève, avocat au barreau local et membre lui-même des Rosati, il défendit d’abord les humbles et les causes progressistes avant d’être élu député du tiers état aux États généraux de 1789. La Révolution française l’emporta jusqu’au sommet du pouvoir, comme figure centrale du Comité de salut public, chef des Jacobins et théoricien intransigeant de la vertu républicaine, avant sa chute et son exécution le 9 Thermidor an II (juillet 1794). À Arras même, la Révolution supprima les institutions religieuses, vendit les biens de l’abbaye comme biens nationaux et transforma profondément le tissu urbain et social. La maison natale de la famille Robespierre, rue des Rapporteurs, se visite encore et rappelle l’empreinte durable, et longtemps controversée, de cette période sur la mémoire de la cité.
La Belle Époque et l’essor d’une ville prospère
Au XIXe siècle, Arras redevint une préfecture active et administrative, celle du département du Pas-de-Calais créé en 1790 à partir d’une partie de l’ancien Artois. Le démantèlement progressif d’une partie des remparts devenus inutiles, l’arrivée du chemin de fer en 1846 reliant la ville à Paris et à Lille, ainsi que l’essor de l’industrie sucrière, brassicole et agricole apportèrent une prospérité nouvelle. La ville se dota d’un élégant théâtre à l’italienne, de larges boulevards plantés, d’une gare monumentale et d’équipements modernes. Ses deux places, la Grand-Place et la place des Héros, bordées de leurs célèbres façades à arcades d’inspiration flamande aux pignons variés, demeuraient le cœur battant du commerce des grains et des foires. Le beffroi et l’hôtel de ville de style gothique flamboyant, symboles fièrement dressés des anciennes libertés communales, dominaient la cité de leur silhouette dentelée. La Belle Époque vit fleurir les cafés, les brasseries, les foires et une bourgeoisie confiante en l’avenir et fière de son patrimoine. Rien ne laissait alors présager que cette élégante préfecture des plaines de l’Artois, riche de ses monuments et de son commerce prospère, allait devenir quelques années plus tard, du fait de sa position stratégique, l’un des théâtres les plus tragiques de toute l’histoire militaire européenne.
La Grande Guerre : une ville martyre et la carrière Wellington
La Première Guerre mondiale transforma Arras en un immense champ de ruines. Dès octobre 1914, après une brève occupation allemande, la ville se retrouva durablement sur la ligne de front, à quelques centaines de mètres seulement des tranchées ennemies qui la cernaient sur trois côtés. Bombardée sans relâche pendant plus de quatre ans, elle perdit son beffroi, effondré sous les obus en octobre 1914, et vit sa cathédrale et l’abbaye Saint-Vaast réduites à l’état de carcasses béantes. La population fut en grande partie évacuée. Sous la ville, les anciennes carrières de craie médiévales, les « boves », furent reliées, agrandies et aménagées par des tunneliers néo-zélandais en un immense réseau souterrain éclairé et équipé, capable d’abriter près de vingt mille soldats à l’abri des tirs : la carrière Wellington, aujourd’hui musée émouvant, témoigne de cette étonnante guerre des profondeurs. C’est de ces galeries que jaillit par surprise, le 9 avril 1917, l’offensive alliée de la bataille d’Arras, marquée par la prise héroïque et décisive de la crête de Vimy par les quatre divisions du corps canadien réunies. Malgré des gains initiaux spectaculaires, l’assaut se transforma en une longue et sanglante bataille d’usure qui fit des dizaines de milliers de victimes. À l’armistice de novembre 1918, Arras n’était plus qu’un immense amas de gravats, comptant parmi les villes les plus totalement détruites de France.
Reconstruction, Seconde Guerre et grandes figures
Au lendemain de 1918, Arras releva ses places avec un soin patrimonial remarquable, choisissant, après d’âpres débats, de reconstruire à l’identique les façades baroques flamandes de la Grand-Place et de la place des Héros, tout en les dotant discrètement du confort moderne. Le beffroi et l’hôtel de ville furent patiemment relevés pierre à pierre durant l’entre-deux-guerres, et ce précieux ensemble figure aujourd’hui au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des beffrois de Belgique et de France. À peine restaurée, la ville affronta la Seconde Guerre mondiale : en mai 1940, la contre-attaque d’Arras, menée par des chars britanniques Matilda et des blindés français, surprit et inquiéta un temps les divisions blindées du général Rommel, contribuant, malgré son échec final, à retarder l’avance allemande et à faciliter le rembarquement de Dunkerque. Occupée puis libérée en septembre 1944, Arras entra ensuite dans l’ère de la reconstruction, de l’industrie et de la modernité tout en préservant son patrimoine. La ville s’enorgueillit à juste titre de ses grandes figures : le révolutionnaire Maximilien de Robespierre, le célèbre bagnard évadé devenu premier chef de la Sûreté Eugène-François Vidocq, l’ancien président du Conseil et secrétaire de la SFIO Guy Mollet, longtemps maire de la cité, et le trouvère médiéval Adam de la Halle. Riche de ce passé exceptionnel, Arras cultive aujourd’hui avec fierté la mémoire d’une histoire qui a traversé, sans jamais s’y perdre, vingt siècles de tumultes européens.
La citadelle de Vauban et les fortifications
Une fois Arras devenue française, Louis XIV chargea son grand ingénieur Sébastien Le Prestre de Vauban de faire de la ville un verrou imprenable aux marches septentrionales du royaume, face aux Pays-Bas espagnols tout proches. Entre 1668 et 1672, Vauban édifia au sud-ouest de la cité une vaste citadelle pentagonale à cinq bastions, chef-d’œuvre de l’art bastionné, entourée de fossés, de demi-lunes et de glacis savamment dessinés. On y accédait par la monumentale porte Royale, ornée du soleil du roi, et l’intérieur abritait une chapelle, une place d’armes, un arsenal, des casernes et une poudrière. Fait rare, la place ne subit jamais de véritable siège au cours de sa longue existence : ce qui lui valut le surnom ironique de « Belle Inutile », tant sa perfection militaire ne servit jamais au combat. La ville elle-même fut enveloppée d’une enceinte étoilée qui contraignit longtemps son extension urbaine, jusqu’à son démantèlement partiel au XIXe siècle. Restée longtemps garnison militaire, occupée puis marquée par les deux guerres mondiales, la citadelle abrite dans ses fossés le Mur des Fusillés, lieu de mémoire de la Résistance. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des fortifications de Vauban, elle connaît aujourd’hui une reconversion en espace de promenade, de culture et de loisirs.
Le patrimoine souterrain : les boves d’Arras
Sous les pavés d’Arras s’étend un monde secret et fascinant, celui des boves, ces galeries souterraines creusées dans la craie tendre du sous-sol dès le Moyen Âge. Exploitées d’abord comme carrières pour extraire la pierre de construction des maisons, des églises et des remparts, ces cavités furent ensuite réutilisées au fil des siècles comme caves, celliers, entrepôts frais pour les marchands et parfois refuges en temps de troubles. Un véritable labyrinthe, sur plusieurs niveaux, se développa ainsi sous la Grand-Place, la place des Héros et l’hôtel de ville, dont on peut aujourd’hui visiter une partie depuis les sous-sols du beffroi. Ce patrimoine discret prit une dimension dramatique lors de la Première Guerre mondiale : les tunneliers britanniques et néo-zélandais relièrent et agrandirent ces anciennes carrières pour créer d’immenses casernements souterrains, dont la fameuse carrière Wellington, permettant de dissimuler des milliers de soldats à quelques mètres du front avant l’offensive d’avril 1917. Éclairées, numérotées, dotées d’un hôpital et de dortoirs, ces galeries constituaient une ville sous la ville. Aujourd’hui mis en valeur et ouverts au public, les souterrains d’Arras offrent une plongée saisissante dans plusieurs strates de l’histoire de la cité, de l’extraction médiévale aux tragédies du XXe siècle.
Saint-Vaast, de l’abbaye au palais des Beaux-Arts
L’ancienne abbaye Saint-Vaast, cœur spirituel d’Arras pendant plus de mille ans, connut au fil du temps un destin architectural aussi mouvementé que celui de la ville. Entièrement reconstruite au XVIIIe siècle par les moines bénédictins sous la direction de l’architecte Pierre Contant d’Ivry, elle prit la forme d’un ensemble classique d’une ampleur exceptionnelle, aux longues galeries voûtées et aux vastes cours. La Révolution française supprima la communauté monastique et transforma les lieux en dépôt, tandis que l’abbatiale inachevée devint plus tard la cathédrale d’Arras. Au XIXe siècle, les bâtiments conventuels furent affectés à un usage nouveau et prestigieux : ils accueillirent le musée des beaux-arts, riche de collections de peinture flamande et française, de sculptures médiévales, de porcelaines de la manufacture locale et de vestiges archéologiques de Nemetacum. Gravement endommagé par les bombardements de la Grande Guerre, l’ensemble fut restauré avec soin durant l’entre-deux-guerres, puis de nouveau après 1945. Aujourd’hui, le palais Saint-Vaast réunit sous un même toit le musée, la médiathèque et divers services culturels, tandis que la cathédrale voisine dresse toujours sa haute silhouette classique. Ce vaste ensemble demeure, avec les deux places et le beffroi, l’un des joyaux patrimoniaux qui font la fierté et l’identité d’Arras.